La pub « les infidèles », une leçon de morale ?
L'acteur français Jean Dujardin, qui vient de récolter un oscar pour son rôle dans le film *L'artiste", est de plus en plus sollicité à réagir au fait que les affiches de son dernier film « Les Infidèles » ont fait polémique en France et commencent à gêner en Belgique.
En quoi cette pub choque-t-elle ? Sans doute par la position, par la suggestion, par le … message ? Et oui, de nombreuses personnes se sont arrêtées devant ces affiches en marmonnant «*C’est dégueulasse! Comment peut on montrer cela ? » Coup de pub réussi ! Mais davantage encore, leçon de morale réussie ! Mais la France interdit les affiches …
L'image du film vous donne à voir que le machisme c’est bien ? Mais c’est votre propre interprétation. Et mieux encore : vous en tirez votre propre leçon : «C’est dégueulasse ». L’affiche, donc en réalité, dénonce la vision de la femme -objet. A bien y regarder, l’homme est ingrat, a des poils blancs, et évoque ses dragueurs machistes bien lourds que toute femme fuit… Voilà une belle image qui aurait permis le début d’une réflexion sur le statut de la femme, du couple, de l’infidélité !
Oui, la pub est gênante. «Comment expliquer ça aux enfants ?». Et bien de la même manière que vous expliquez le Père Noël, Madame la cloche ou les magazines pornos postés en évidence dans les kiosks du centre-ville. «La dame cherche quelque chose, le monsieur est un médecin…» Ou si vous êtes plus philosophes, expliquez-leur que cette affiche prône la liberté de la femme. Ils ne sont pas toujours aussi bêtes qu’on ne le croit et ont besoin de ces leçons de morales…
Mais si cela vous choque toujours, tant pis, tant mieux, lisez la suite parce que je voudrais mettre cet « évènement » en parallèle avec la campagne de pub belge pour le site de rencontres extraconjugales : Gleeden. «Contrairement à l’antidépresseur, l’amant ne coûte rien à la sécu», clame la pub. Voilà un slogan bien fun, bien accrocheur, et surtout … qui ne choque pas (apparemment). Sur l’affiche on ne voit qu’une pomme croquée; ainsi les enfants ne se posent pas de question (soit disant), et seuls les plus grands y voient le signe de la passion, du mal croqué par Eve.
Et oui, de nombreuses plaintes se sont élevées contre la suggestion «pornographique » du film Les infidèles, mais un site qui prône l’infidélité, qui la vend, qui la commercialise, sans la montrer ouvertement sur sa pub, en revanche, ça ne choque pas. Et ainsi, on entend chuchoter à l’arrêt de bus : «De toutes les façons, je ne crois pas au mariage ». Coup de pub superbement réussi !
La forme n’est pas gênante mais qu’en est-il du fond ? On s’indigne de l’une mais pas de l’autre ? Les mentalités ont-t-elles changés au point qu’aujourd’hui une image répugnante de l’infidélité nous choque davantage que celle qui nous l’idéalise ?
« Indignez-vous » crie Stephan Hessel, mais moi j’ajouterai : indignez vous de votre indignation. Vous rigolez à une pub de site de rencontres extraconjugales sans écouter votre sens moral : n’est ce pas cette pub qui est réellement choquante ? N’est ce pas elle qui donne aux femmes, mais aussi aux hommes, l’idée : et si je le/la trompais ? N’est ce pas elle qui va être compliquée à expliquer aux enfants ? Parce que le voilà le problème, comment justifier qu’on accepte l’infidélité ? Ce sera vous, à ce moment là, qui passerez pour moins intelligent que vous ne l’êtes…
Ne pas croire au mariage est une chose, la tromperie en est une autre. Rien n’interdit le divorce, ou bien le libertinage sans engagement, mais rien ne devrait prôner le mensonge et le malheur. Alors, aujourd’hui, je m’indigne : si vous demandez le retrait de l’affiche du film Les infidèles, alors retirez celle du site de rencontres… Après tout, c’est du donnant - donnant.
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